Episode 1 : L’église de Chamonix, une histoire millénaire

L’église de Chamonix : une histoire millénaire

Née de la donation de la haute vallée de l’Arve à l’abbaye de Saint Michel de-la- Cluse près de Turin, l’église du Prieuré a été placée d’emblée sous le vocable de l’archange chef de la milice céleste des anges du Bien 1119 est la date officielle de la construction de la première église de Chamonix, puisque elle a été retrouvée en 1864 gravée sur un bloc de tuf dans un lieu savamment protégé de l’ancien portail de l‘église qu’on était en train de démolir. En fait son histoire commence en 1091 lorsque le Comte de Genève Aymon 1er manifestement propriétaire de ce territoire a signé l’acte de Donation de la vallée de Chamonix (campus munitus) du col de Balme jusqu’ à la rivière nommée Diosaz à l’abbaye de Saint Michel de-la Cluse construite quelques années plus tôt entre 983 et 987 sur le mont Pirchiriano dominant la vallée de la Doire Ripaire à quelques dizaines de kilomètres de Turin. Dès lors l’archange Saint Michel, un des sept archanges majeurs du christianisme, devint porteur de l’identification temporelle et spirituelle du futur Prieuré et de son église ; une église construite donc au début du XII ème siècle par une poignée de moines bénédictins venus de l’abbaye mère qui avait fait précéder cette édification en dur d’une chapelle provisoire.

L’église romane des Bénédictins

Entre le clocher à droite dont la base est de l'époque romane ainsi que la double fenêtre du clocher au dessous de la cloche coté Est, et le Nord de la maison de la montagne (ce côté de la Maison forte du Prieuré à l'origine) se trouvait la première église des Bénédictins du XII eme siècle (photo JP Roudier)

L’évangélisation de la vallée s’est en effet imposée dans un contexte de christianisme conquérant dans tout l’Occident dès lors qu’au pied du mont Blanc (la rupes alba dans l’acte de Donation) il était établi qu’une population s’y était sédentarisée. On y comptait moins d’une centaine de feux (foyers) alors.

L’existence, à cette époque, d’un réchauffement climatique comparable à celui que nous vivons aujourd’hui, que l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie appelle l’optimum climatique de l’an 1000, a favorisé cette implantation humaine sur l’adret c’est-à-dire au pied du Brévent plutôt qu’à l’ubac où subsistaient des glaciers.
Elevage, agriculture, activités artisanales commencèrent à s’y développer.

Les Bénédictins ont ainsi participé, avec les villageois, au défrichement de ce versant des Moussoux aux Plans, à l’assèchement des parties inondées par les divagations de l’Arve, produisant des fromages et favorisant la création de fermes à la périphérie du Prieuré proprement dit. Ils ont aussi installé des meules à grains fonctionnant à partir des moulins qu’ils avaient implanté sur la rivière jusqu’aux Praz. On dit même que des souterrains permettaient d’entrer dans le périmètre du Prieuré depuis les Moussoux.

C’est une église romane que les moines ont bâti avec les fidèles, un édifice construit à droite du clocher actuel dont la base est d’époque et perpendiculairement à l’actuelle église Saint Michel. Cette église des Bénédictins mesurait 27,50m de longueur et 7,40m de largeur. S’est ajoutée la maison forte du Prieur -actuelle maison de la montagne- qui demeure le bâtiment le plus ancien de la vallée. L’ensemble formait le Prieuré ceinturé d’une clôture. Cette église longtemps la seule de toute la vallée comprenait un chœur œuvre des Bénédictins et une nef fournie par les fidèles. Aujourd’hui quelques éléments architecturaux rares donc précieux témoignent de ce passé historique : la flèche de pierre du clocher roman originel a disparu mais subsiste sur la partie haute, une fenêtre géminée à double colonne coté Est et à la Maison de la montagne une amorce d’un arc à doubleau visible sur le côté Nord. De la Maison forte du Prieur existe encore une porte romane en plein cintre surmontée d’une feuille d’acanthe et deux fenêtres du même style.

Pendant sept siècles les moines vont régner sur la vallée et peu à peu le Prieur passa du statut de chef de la Communauté des « communiers » à celui de Seigneur du territoire percevant des redevances des habitants.

Le premier d’entre eux fut Pierre de 1202 à 1205 par extension de sa fonction de Prieur de Megève, précédant un Prieur à temps complet à Chamonix avec Humbert de Beaufort (1214-1254) puis Richard de Villette (1254-1295)…. Tous ne furent pas des religieux et il n’y eu ni monastère, ni couvent car les moines ont, semble-t-il, été très peu nombreux.

Dans cette église on installa la confrérie du Saint Esprit en 1292 mais les évènements plus plus importants ont eu lieu au XVI ème siècle. En 1514 le Prieuré de Chamonix est passé sous la tutelle du chapitre de la Collégiale de Sallanches et un premier incendie a ravagé en 1522 l’église ne laissant subsister que la tour de la base du clocher.

Une nouvelle vie paroissiale commence.

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